Sociologie critique de l'innovation technologique

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Sociologie critique de l'innovation technologique

Présentation

Enseignant : Julien Mattern

L’innovation technologique est généralement considérée comme un simple perfectionnement de nos sociétés, à la fois intrinsèquement bénéfique et neutre sur le plan des valeurs et des rapports sociaux. Or les développements récents de la situation historique en matière écologique, économique et sociale nous invitent à réfléchir à la nature de la trajectoire technique sur laquelle nous sommes engagés. Les sciences sociales peuvent y contribuer en procédant de manière à la fois sensible et rationnelle, et en s’appuyant sur une riche tradition critique en matière d’analyse du progrès technique. Dans cette perspective, cet EC ouvre deux fronts complémentaires :

La critique de l’évolutionnisme. L’idée que le progrès technique suit des règles comparables à celles qui régissent l’évolution biologique des espèces a été très clairement exprimée par André Leroi-Gourhan, et elle reste encore largement répandue aujourd’hui, conditionnant profondément notre rapport aux innovations. Pourtant, la faiblesse de cette approche théorique est établie depuis les travaux de David Noble ou d’Alain Gras – en particulier la critique de la notion abstraite d’efficacité. En complément, nombre d’études concrètes permettent de mettre en évidence les mécanismes réels qui président à l’innovation, en s’intéressant non seulement aux problèmes concrets que se posent les acteurs, mais aussi aux rapports de domination, aux structures imaginaires collectives, aux mythes et aux fantasmes des principaux protagonistes.

Le problème du déterminisme. S’il convient d’éviter les conceptions réductionnistes et mécanicistes du lien entre systèmes techniques et sociétés humaines, il faut tout autant se méfier du postulat opposé, qui tient pour établi que « tout dépend du cadre social » et que « la technique n’est qu’un moyen ». Ne confond-on pas alors liberté et simple marge de manœuvre ? Émile Durkheim avait brillamment résumé la question lorsque, évoquant la multiplication des machines à son époque, il expliquait que « la vie sociale, qui s’est ainsi comme cristallisée et fixée sur des supports matériels, se trouve donc par cela même extériorisée, et c’est du dehors qu’elle agit sur nous » (Durkheim, 1898, p. 354). C’est d’autant plus vrai à l’heure des macro-systèmes techniques, au sujet desquels Günther Anders affirmait déjà qu’il serait absurde de les regarder comme un « moyen » qui serait à notre disposition pour réaliser des buts que nous aurions librement définis. En effet, « ce système des instruments est notre “monde” et un “monde” est tout autre chose qu’un moyen » (Anders, 1956, p. 17). Sans nécessairement déterminer strictement leurs usages, les objets et les systèmes techniques ne sont-ils pas des « décisions prises à l’avance », et n’exercent-ils pas des effets de fermeture sur l’action humaine ?        

Dans ce cours, on tentera de mener de concert ces deux types d’investigations en nous intéressant à la vague de déploiement actuelle d’outils numériques. Il s’agira de se demander à la fois comment ces techniques transforment le monde et l’expérience humaine, mais aussi quelles forces et quels mécanismes poussent nos sociétés à les créer et à les adopter si massivement. Pour cela, on commencera par présenter la distinction classique proposée par Lewis Mumford entre « technique autoritaire » et « technique démocratique », en notant les différences et les similitudes avec les catégories proposées par d’autres auteurs classiques. Mumford classait sans hésitation l’ordinateur dans la catégorie des techniques autoritaires. Il nous faudra donc comprendre pourquoi et comment cette idée est devenue si marginale dans le champ académique, l’informatisation incarnant pour beaucoup la promesse d’une démocratisation des sociétés (cf. Nora et Minc 1978, Lallement, 20), et même d’une sortie de crise écologique (cf. Rifkin 2014). Enfin, la controverse sur les compteurs Linky (notamment leur critique par le collectif Pièce et main d’œuvre) sera l’occasion de voir, à partir d’un cas concret, à quelles sources peuvent puiser les opposants actuels à l’informatisation du monde, et le type d’analyses qu’ils peuvent porter.

Bibliographie succincte :

- ANDERS G., 2002 [1956] L’Obsolescence de l’homme, EdN

- BLACK E., 2001. IBM et l’holocauste, Robert Laffont.

- BRETON P., 1990. Une histoire de l’informatique, Seuil

- CHARBONNEAU B., 1990 [1967]. Le Système et le Chaos, Économica

- ELLUL J., 1988. Le Bluff technologique, Hachette.

- GRAS A., 2003. Fragilité de la puissance. Se libérer de l’emprise technologique, Fayard.

- GROUPE MARCUSE (coll.), 2013 La liberté dans le coma. Essai sur l’identification électronique et les motifs de s’y opposer, La Lenteur

- ILLICH I., 2004-2005. Œuvres complètes, volumes 1 et 2, Fayard

- LALLEMENT P., 2015. L’âge du faire. Hacking, travail, anarchie, Seuil.

- MUMFORD L., 1950 [1934]. Technique et civilisation, Seuil

- NOBLE D., 2016 [1993]. Le Progrès sans le peuple. Ce que les nouvelles technologies font au travail, Agone,

- REY O., 2003. Itinéraire de l’égarement. Du rôle de la science dans l’absurdité contemporaine, Seuil.

- RIFKIN J., 2016 [2014]. La société du coût marginal zéro. L’internet des objets, l’émergence des communaux collaboratifs et l’éclipse du capitalisme, Babel

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  • CM : 10H

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